La notion d'enjeu personnel

 

Préparation Mentale et Psychologie du Sportif.


Thématique : La notion d’enjeu (sportif et personnel) et son positionnement, ou comment l’enjeu peut être facteur de  stress  et/ou d’anxiété.
Il convient tout d’abord de définir exactement ce qu’est l’enjeu pour que l’on envisage tous le même sens. En premier lieu, l’enjeu est une somme ou un objet misé et qui revient au gagnant. En deuxième lieu, l’enjeu est ce que l’on a gagné ou perdu lors d’une action. (Définition Encyclopédie)
La psychanalyse a mis en évidence, la notion de refoulement (Sigmund Freud, Métapsychologie,1915), d’association d’idées,  de conflits ou de situations enfouies qui ressurgissent sous formes d’actes manqués, de tensions, d’anxiétés ou de stress voire de névroses. (Freud 1885). L’analyse transactionnelle (Eric BERNE. 1950,1970) travaille beaucoup à partir de ce phénomène de résurgence  (réapparition sous différentes formes au niveau du psyché, de situations conflictuelles vécues  dans l’enfance).
 Il est donc intéressant de se demander quelle symbolique sous jacente peut il y avoir derrière cette notion d’enjeu. Outre la qualification, la victoire ou le titre obtenu lors d’une compétition, qui représentent  un enjeu  sportif clairement défini, il existe des enjeux personnels qui peuvent parasiter certaines habiletés ou processus. Il sera très important pour le préparateur Mental de réussir à déceler ces enjeux « déportés » ou idées  irrationnelles  (enjeux  et associations d’idées qui proviennent d’une autre source  que ceux définis par la compétition elle-même), pour reprogrammer le sportif vers un enjeu plus rationnel.
    Par conséquent et  sans entrer dans une recherche psychologique au sens étymologique du terme, nous pouvons énoncer  qu’il existe des liens entre le vécu du sportif et sa discipline sportive, qui  interagissent. Prenons deux exemples :                                                

    Un athlète ayant une éducation autoritaire et rigide, (ne laissant pas de place à l’échec), entendant régulièrement de la part de son père, « comment fais tu pour rater un truc pareil ? », « c’est facile, pourquoi as-tu échoué ? » « qu’as-tu fait sur ce match là, tu es nul ». (ce sont des phrases fréquentes car en tant qu’entraîneur, nous sommes témoin parfois de  terribles conflits). Cet athlète pourra avoir tendance plus tard à tenter de conquérir la fierté de son père par le résultat, celui-ci devenant un enjeu psychologique familial et personnel. Chaque erreur, faute ou échec  l’éloigneront de cet objectif et le renverront implicitement aux phrases destructrices de son enfance détruisant son estime de lui. Nous pouvons affirmer ici que l’enjeu sous jacent, mais prioritaire sera la fierté de son père.                       Autre exemple assez commun, une famille décide de financer les entraînements de leur fils(fille) joueur(se) de Tennis de bon niveau, pour atteindre le haut niveau, de manière privée  et autonome. A chaque défaite, l’un ou l’autre parent en guise de bilan de match, répète inlassablement : « Tu pourrais faire un effort avec le temps que l’on passe à t’accompagner et tout l’argent que l’on dépense…. » Le joueur(se) se retrouve  en position de « rembourser » l’investissement en temps et en argent de ses parents par les résultats. Ce qui confère aux résultats une valeur toute autre que sportive. Comment jouer libérer avec une certaine automaticité si chaque frappe vaut « 10 Euros ». Le sportif est en proie à des pensées négatives et se trouve constamment sous pression.
- Dans ce contexte, la « Thérapie Rationnelle Emotive » (TRE) d’Ellis(1962,1977) doit permettre au sportif de mettre à distance son affectivité et son irrationalité. La TRE analyse les liens qui existent entre  physiologie, comportements  et cognitions. Les émotions apparaissent en fonction du décalage entre ce qui est attendu et ce que l’on perçoit. Plus les attentes sont rigides, exclusives et tyranniques, plus il y a de chances que le décalage avec la réalité soit  important. Par ailleurs, ce que nous percevons n’est pas toujours conforme à la réalité. Ainsi, si la personne affiche des attentes rigides et si elle interprète le moindre événement comme allant contre cette  attente, elle risque d’être fréquemment en proie à des émotions inadaptées. Les pensées irrationnelles vont engendrer  des pensées et des  émotions nuisibles. Ces pensées toxiques se présentent sous la forme de discours interne de type (« il faut…., Je dois…,j’ai besoin….., je suis nul….. ») que nous dicte notre inconscient.-  (C.LESCANFF, manuel de psychologie du sport 2003).          

Ellis décrit alors trois formes d’auto évaluation toxiques :                                               

  - Evaluation exagérée de la réalité ou catastrophisme (« C’est la fin de tout ! ») ;                                              

  - Evaluation exagérée de la pénibilité ou « intolérance à la frustration » (« C’est insupportable ! ») ;                       

  - Evaluation négative de soi ou mésestime de soi(« Je suis nul ! »). Pour y remédier, la TRE propose de permettre aux « exigences » d’évoluer vers des  « préférences », aux « devoirs » de devenir des « vouloirs », et aux « besoins »  d’être de simples « désirs ». Cette technique permet au sujet de prendre conscience lui-même de ses idées et de leur rationalité. (Thérapie rationnelle d’Ellis, 1962)
Il sera capital pour le préparateur mental d’identifier les enjeux sous jacents  et les liens qui parasitent l’athlète pour que les pensées de celui-ci deviennent « rationnelles » et donc adéquates en vue d’orienter ses émotions et ses comportements vers la réalisation de ses objectifs sportifs.  La TRE permettra au sportif de prendre conscience lui-même de ces liens. Pour cela Le préparateur mental posera des questions qui auront l’objet d’amener la personne à faire les démarches mentales nécessaires pour ébranler ses convictions irrationnelles et construire des alternatives rationnelles.
Pour ce, il existe quatre stratégies :
  -  La stratégie basée sur le réalisme : Quelque soit les pensées, l’objectif est de confronter les pensées à la réalité. S’appuyant sur les faits, il est possible alors de bâtir une alternative rationnelle.
  - La stratégie basée sur la logique des liens : Partant du principe que ce qui est logique est conforme au bon sens, il faudra mettre en évidence que les liens du sportif sont en décalage avec les objectifs sportifs.
  - La stratégie basée sur les conséquences pratiques : Les idées du sportif aident elles à réaliser les objectifs et favorisent elle la performance ou au contraire aggravent elles les habiletés  et les processus.
  - La stratégie basée sur les alternatives rationnelles : Il s’agit de partir directement des idées rationnelles favorisantes et de les confronter aux idées irrationnelles. (Thérapie rationnelle d’Ellis, 1962)
Il existe aussi une méthode appelée « la méthode de restructuration cognitive » de Beck (1976,1979) relativement proche de la TRE, mettant en exergue que les difficultés que rencontre l’athlète sont liées à des erreurs ou des biais dans sa façon de penser. Elle prétend donner plus d’autonomie.      Une fois les liens établis et la prise de conscience du sujet obtenue, nous pouvons envisager la reprogrammation des enjeux, par un travail d’imagerie et un travail sur le discours interne.                                                                                                        

  - Le travail sur le discours interne permettra de formuler des contre- propositions aux pensées négatives. En effet, pour ne pas penser négativement, il faut penser. Obliger son cerveau à penser positivement pour l’occuper et le diriger vers un enjeu et  des comportements rationnels. Une auto évaluation positive, constructive et tolérante et non destructrice pourra alors se mettre en place.                                                              

  - Le travail d’imagerie lui, permettra  de  faire un lien direct entre la performance et l’objectif, favorisant un retour vers l’automaticité et ainsi empêcher l’intrusion de pensées ou d’enjeux négatifs.


Pour conclure, il existe bel et bien des enjeux sous jacents différents des enjeux clairement définis par la compétition elle-même. Ceux-ci produisent inévitablement un parasitage des habiletés qui réduit la performance. Un travail de préparation mental s’avère donc incontournable identifier ses conflits internes et  pour reprogrammer l’athlète vers des enjeux rationnels permettant au sportif l’utilisation de son potentiel.
                                                                                                                                     Stéphane LIMOUZIN